Contexte et hypothèses initiales

Dans la perspective du centenaire de la CVZ, ce travail repose sur la mise en œuvre d'une approche quantitative et qualitative visant à explorer les modalités et spécificités de l'émergence et du développement de l'activité cinématographique comme discipline artistique au sein de l'institution, depuis son introduction avec le premier résident cinéaste en 1973 jusqu'à nos jours. Le nombre d'artistes accueillis au cours de cette cinquantaine d'années, ainsi que la constitution du consortium (voir plus bas, porteuses et participant.es au projet) permettent d'envisager l'étude de ce corpus de façon exhaustive.

Un travail préparatoire a d'ores et déjà été engagé par Mercedes Álvarez, qui fait partie des porteuses du projet et a commencé à décrire dans un état des lieux les parcours des vingt-cinq premiers cinéastes à partir des documents fournis par la Casa de Velázquez et du tableau Excel recensant l'ensemble des artistes passés par la résidence. Ces données constituent un premier recensement et un modèle d'informations pertinentes qui devra être complété par des recherches supplémentaires sur les autres cinéastes résidents par Mercedes Alvarez avec le soutien d'autres participant.es au projet, d'un stagiaire et/ou par la mise en œuvre d'une mission doctorale dédiée.

Il s'agit à travers ce travail collectif d'envisager la création cinématographique à la CVZ dans plusieurs perspectives complémentaires :

- Au moment de la mise en place des premières résidences pour cinéastes, nous souhaitons comprendre dans quelle mesure cela a constitué une innovation, aux côtés de disciplines traditionnellement soutenues par l'Académie des Beaux-Arts, de surcroît à une période où les résidences accessibles aux cinéastes étaient loin d'être aussi nombreuses qu'aujourd'hui. Il s'agira ici de reconstituer autant que possible, en explorant les archives et en conduisant des entretiens avec les parties prenantes encore disponibles, la façon dont l'introduction du cinéma a été pensée et implémentée. Nous chercherons notamment à comprendre pourquoi cinq années se sont écoulées entre le vote favorable à l'introduction de cette nouvelle discipline en 1968, et l'accueil du premier résident en 1973. En effet, non seulement la discipline était en soi nouvelle, mais elle requiert en plus des équipements et investissements spécifiques pour l'institution, dont nous chercherons à retracer le développement, qui suit les évolutions technologiques ayant affecté la création cinématographique et vidéographique au tournant du XXe siècle.

- Dans le premier état de description des pensionnaires cinéastes auquel il a été fait référence plus haut, une périodisation a émergé, qui différencie pour le moment deux étapes. La première, qui s'étend de 1973 à 2013, compte 24 cinéastes en 41 ans, avec des années sans résident cinéaste. La seconde, qui court de 2014 à 2024, en compte 31 en 11 ans seulement, ce qui atteste la montée en puissance de la discipline au cours des dernières années. Nous essaierons de comprendre ce qui a motivé cet essor, notamment du point de vue de l'investissement de l'institution elle- même, et en particulier de sa direction des études artistiques, ainsi que de

l'évolution de la diffusion des ses appels à candidatures, dans un contexte d'essor globalisé des résidences artistiques.
- Du point de vue de l'identification des résidents cinéastes ainsi que de leur production créative, plusieurs pistes de travail sont apparues : l'approche par les nationalités des résidents, qui atteste une montée en puissance de l'internationalisation de leur recrutement sur la période la plus récente ; la question du genre mérite également d'être prise en compte ; enfin, grâce au visionnage des films disponibles et à la documentation que nous comptons réunir sur les projets (à la fois par le biais des archives et des entretiens), un travail sur l'esthétique des films réalisés dans le cadre de la résidence à la CVZ mérite d'être conduit. Il permettra notamment, comme le suggèrent les premières observations, de mettre en évidence la porosité des pratiques artistiques, qu'il est possible d'attribuer au moins en partie aux particularités du contexte créatif offert par la CVZ où les artistes de différentes disciplines se côtoient, et ont aussi de nombreuses occasions d'échanger avec les résidentes scientifiques au gré de leurs séjours. Ainsi, création cinématographique, vidéographique, photographique et même picturale constituent des terrains qui souvent dialoguent dans des pratiques résolument interdisciplinaires.

- Le projet possède également une ambition patrimoniale du point de vue de la CVZ et dans la perspective de la mise au jour et de la conservation de sa mémoire en vue de son centenaire en 2028. Le nombre d'artistes et la période concernés, ainsi que la constitution du consortium nous permettent d'envisager un travail exhaustif sur les résidents cinéates, mais aussi sur les œuvres produites dans le cadre de leur résidence et après. En effet, la durée des résidences est loin d'avoir toujours permis que les projets de film aboutissent, et nous nous attacherons à récupérer toute la documentation sur la création filmique, et tous les éléments créatifs ayant vu le jour grâce à l'accueil à la CVZ : nous visionnerons tous les films conservés sur place, voire dans les archives des artistes, et ferons un état des lieux des supports et techniques et des besoins de restauration déstinés à favoriser leur conservation pérenne.